Démarche
Du souffle au sensOunimo cherche à rendre aux mots leur sens. Le constat de départ tient en une intuition simple : un mot privé de sa signification devient une coquille vide, fascinante et inquiétante, malléable, manipulable, infiniment réinterprétable. Cette idée lui est venue d’une conversation universitaire qui a marqué toute sa pratique.
« Or, la signification, le sens, c’est la clé. »
Le geste calligraphique, dans cette logique, est un retour : du bruit vers le silence, du silence vers le souffle, du souffle vers le trait, du trait vers le mot, du mot vers le sens. Le calligraphe doit d’abord se vider — d’images, de concepts, d’identifications, de rôles. C’est seulement quand l’intérieur est libre que le geste juste peut se poser. L’œuvre est alors moins une expression de l’artiste qu’un passage qui le traverse.
« Le sens vient quand il y a le silence. »
Trois traditions convergent dans cette pratique sans qu’aucune ne la résume. La Hurufiyya d’abord, qui depuis les années 1950 a fait de la lettre arabe une matière plastique à part entière, libérant l’écriture de sa seule fonction de transmission. Le geste calligraphique asiatique ensuite, sa rétention de souffle, sa décision unique du trait, son économie de moyen — la lame qui coupe une fois et n’y revient pas. Une figuration émergente enfin : des animaux, des corps, des visages, des objets qui naissent du tracé sans qu’il cesse d’être écriture. Cette dernière dimension, Ounimo l’a découverte seul, par le geste, sans avoir étudié la tradition figurative arabo-ottomane qui en est l’ancêtre lointain. La convergence n’est pas une imitation : c’est la preuve que certaines formes sont inscrites dans la matière même du geste calligraphique. Si le souffle est travaillé assez profondément, la figure finit par revenir.
La pratique s’étend sur quatre alphabets : l’arabe, héritage familial et linguistique premier ; le français, langue de naissance ; l’anglais et l’espagnol, langues d’usage. Ce quadrilinguisme n’est pas une coquetterie. L’érosion du sens à l’œuvre dans le monde contemporain — paroles publiques vidées, formules de circonstance, jargon performatif, contenus générés sans auteur — ne respecte pas les frontières linguistiques. Le travail de réparation non plus. Chaque calligraphie est, dans la langue qu’elle adopte, une tentative de redonner au mot sa charge.
Ce que cherche Ounimo, en définitive, n’est ni la perfection esthétique ni la virtuosité. C’est la justesse du passage. Que le souffle se contrôle, que le trait soit propre, que le mot soit lisible, que le sens revienne. Quatre étapes d’un même chemin, qu’aucun raccourci ne dispense de parcourir.